Lois physiques

Dans les performances qu’il met en scène et enregistre Sebastian Stumpf semble autant décidé à défier les lois de Galilée, Newton ou Archimède qu’à braver les codes sociaux conventionnels régissant nos comportements dans les espaces publics. Avec la même naïveté il se confronte à l’un et à l’autre, sachant pertinemment, qu’aucun ne se courbera sous ses tentatives. La caméra est l’unique témoin de ses actions dont il est l’unique acteur. Il ne recourt pas non plus à l’autoportrait, et si son corps est omniprésent, sa personnalité dans sa dimension existentielle et intime est soigneusement tenue à l’écart. Son art ne procède donc pas de ce culte de la personnalité et du corps si cher aux artistes des années 70. La subversion et l’originalité des images de Stumpf tiennent davantage à l’interaction qu’il entretient avec le paysage, qu’il soit naturel ou urbain.
Le monde semble être un immense terrain de jeu dans lequel évolue ce petit personnage dont on ne sait pas toujours si l’action qu’il entreprend nous fait sourire ou nous dérange. Proche de l’absurde, mais loin du non sens, Sebastian Stumpf incarne poétiquement une forme de résistance et de posture critique de l’artiste sur le monde.

Éric Tabuchi et Nelly Monnier

L’Atlas des Régions Naturelles se donne pour objet la création d’une archive photographique offrant un large aperçu de la diversité des bâtis mais aussi des paysages qui composent le territoire français. À terme, 50 prises de vues seront réalisées dans chacune des régions naturelles de France, entités géographiques et culturelles simples à appréhender par leurs dimensions (quelques dizaines de kilomètres). La collecte, commencée début 2017 avec pour ambition de réaliser en totalité 22 500 photographies qui couvriront égalitairement ces 450 régions, devrait prendre 10 ans. Consultable sur un site internet permettant une exploration géographique mais aussi thématique de ses archives photographiques, il est possible de suivre l’avancement du chantier.

Résidences les essentielles

Dans ce moment semblable à nul autre, face à la situation de confinement, de report des expositions, de fermeture des lieux culturels, GwinZegal a proposé à cinq jeunes artistes de venir investir le Centre d’art pour mener une résidence de production en mars et en avril 2021.
Les artistes Quentin Yvelin, Rebecca Topakian, Camille Millerand, Nina Ferrer-Gleiz et Lucile Boiron sont venus travailler et développer leurs projets à Guingamp.
Ils ont bénéficié de l’accompagnement professionnel de Sten Lena, tireur photographique ; Rémi Coignet, critique et auteur ; Julie Hérault, commissaire d’exposition au Bal ; Étienne Bernard, directeur du Frac Bretagne ; Jean-Kenta Gauthier, galeriste ; Maxence Rifflet, artiste et enseignant ; Pascal Beausse, critique et responsable de la collection photographique du CNAP ; Bruno Serralongue, artiste ; Milan Garcin, commissaire d’exposition et historien de l’art ; Raphaël Dallaporta, artiste ; ainsi que de l’équipe du Centre d’art.
Si la richesse de toutes ces rencontres est difficile à partager à distance, nous vous invitons à découvrir la diversité des démarches photographiques de ces cinq jeunes artistes à travers ces films courts :
 
Quentin Yvelin, Rebecca Topakian, Camille Millerand, Nina Ferrer-Gleiz et Lucile Boiron
 
(cliquez sur chacun des noms pour accéder aux films)

Baptiste Rabichon

Depuis une dizaine d’années, Baptiste Rabichon a entrepris de prolonger l’exploration de la technique primitive du photogramme. Il propose une pratique de la photographie qui redonne un sens à l’idée d’une matière porteuse de contenu. Son travail est un ensemble de sensations et d’impressions. Son discours se construit par l’utilisation d’outils et de protocoles de fabrication complexes, mêlant nouvelles technologies et techniques anciennes ; une expérimentation où la fantaisie côtoie l’admiration pour les grands ancêtres. Résidence en partenariat avec Lieux Mouvants à Lanrivain.
 

Maxence Rifflet

Entre 2016 et 2018, Maxence Rifflet a photographié dans sept prisons françaises. Photographier en prison, plutôt que la prison, voilà qui résume son projet. La formule est aussi simple et lapidaire que la voie empruntée, sinueuse et escarpée. C’est en collaboration avec des détenus qu’il a fait chemin, partageant avec eux ces interrogations : Comment photographier dans un espace de surveillance sans le redoubler ? Comment cadrer sans enfermer ?
Dans la perspective de son exposition à Guingamp, Maxence Rifflet a mené un travail de recherche sur l’histoire singulière de la maison d’arrêt de Guingamp. Devenue monument historique en 1997 puis réhabilitée à partir de 2017, elle héberge aujourd’hui le Centre d’art GwinZegal et bientôt une université dédiée à l’éducation artistique. Maxence Rifflet est allé aux sources du projet architectural initial et à travers un choix d’archives historiques et d’une interview réalisée en compagnie de Christophe Batard, architecte de la réhabilitation, il questionne la transformation d’un lieu pénitentiaire en lieu patrimonial…

Daniel Blaufuks

L’ombre de la Seconde Guerre mondiale plane tant sur l’œuvre que sur la vie du photographe portugais Daniel Blaufuks. La question de la mémoire, privée, partagée ou publique est au centre de ses recherches. Il explore l’écart entre l’image
et le témoignage, entre le réel et la représentation. Ses œuvres prennent la forme d’installations, de livres, de vidéos, de photographies. Son approche de l’histoire n’est jamais l’approche frontale de l’historien qui se limiterait aux faits, aux documents. Son matériel, Daniel Blaufuks le puise dans la littérature et dans la poésie, et c’est par le rebond qu’il évoque le souvenir par l’entremise de Pavese, Brecht, Sebald, Perec…
Au cours de cette résidence portée conjointement par le Musée de la résistance de Saint-Connan et le Centre d’art GwinZegal, Daniel Blaufuks mène un travail sur la mémoire des lieux du maquis mais aussi sur les lieux de célébration de cette mémoire en Bretagne. 

Raphaël Dallaporta 

Raphaël Dallaporta documente la lente mue de l’espace de l’ancienne prison. Grâce à des algorithmes complexes, il se détache de la tâche ennuyeuse du simple suivi de chantier. Au cours des deux dernières années, il a placé à des points de vue fixes des pièges photographiques, enregistrant de manière automatique des dizaines de milliers d’images, tour à tour les mouvements imprévisibles des cieux qu’il affectionne, la végétation tantôt sauvage tantôt domestiquée, les murs qui tombent, les dallages qui se font et se défont. Cette observation se prolongera, avec l’apparition du public, qui va s’approprier et repeupler progressivement ce lieu autrefois clos.
 

Mathieu Pernot

Mathieu Pernot a fait l’acquisition d’un stock d’images d’archives représentant des devantures de magasins Kodak, photographiées dans les années soixante. À Lamballe, Brest ou Châteauneuf-d’Îlle-et-Vilaine, la plupart de ces commerces n’existent plus. Ils ont fermé ou fait faillite. Mathieu Pernot est allé sur place pour enquêter et rephotographier, et constater qu’aujourd’hui les magasins ne sont même pas remplacés, laissant des trous dans l’espace urbain.

AURORE BAGARRY

Comment la photographie, au XXIe siècle, par son caractère indiciel, peut-elle soulever l’épaisseur de phénomènes géologiques, elle qui serait plutôt du côté de la surface et de la transparence et non de la matière ? Il s’agit donc ici de croiser les notions de document photographique et de transformation du paysage. L’espace d’investigation part des rivages des Côtes d’Armor à ceux du sud de l’Angleterre, qui se font face. Ces régions, particulièrement riches en curiosités géologiques, laissent apparaître, par la sensibilité de leur littoral, ses effondrements, et ses enjeux écologiques, de nouveaux indices utiles à la compréhension de leur formation. Le canal de la Manche a été également choisi car il pose la question de la frontière entre deux pays (la France et la Grande Bretagne) et de sa porosité qui peut se manifester par des échanges et des empreintes géologiques.

MARK NEVILLE

À partir du réseau de supporters de l’équipe de football locale (l’En Avant de Guingamp) Mark Neville a réalisé un travail documentaire sur la ville de Guingamp, et plus largement sur le département. Le destin du club d’En Avant, créé par des amateurs, est tout à fait singulier… Mark Neville, né à Londres en 1966, est l’auteur de plusieurs ouvrages documentaires sur des villes anglaises. En 2006, il a réalisé et publié son projet le plus remarqué : Port Glasgow. Sa recherche se trouve à l’intersection de l’art et du documentaire. En 2011, il a été commissionné par l’Imperial War Museum pour suivre les forces militaires britanniques en opération en Afghanistan. C’est dans ce cadre qu’il a réalisé plusieurs lms ainsi qu’un projet photographique présenté à l’Imperial War Museum en 2014. En 2013, il est nominé par le New York Times pour le prix Pulitzer.

ALEXANDRA CATIERE

Artiste originaire de Bielorussie et vivant en France, Alexandra Catiere revisite dans une subtilité et une modernité renouvelée le portrait photographique. Lors de sa résidence en Bretagne, elle porte son regard sur des communautés humaines, des groupes, des membres d’associations. Bercée par une histoire longue, elle en offre des portraits sensibles – résolument incarnés — et profondément humains qui semblent trempés d’intemporalité. Dans une approche volontairement subjective et expressionniste, par des cadrages resserrés, elle scrute le relief des visages.
Parfois légèrement floutés ou mis à jour par la pratique analogique du laboratoire, les visages redessinés par la lumière se parent d’un clair obscur digne des grands maitres. Au plus proche de la matière photographique, émancipé du masque sociale, chacun semble saisi dans une intensité et une singularité, sublimée par un souffle d’humanité retrouvée.

SAMUEL GRATACAP

Samuel Gratacap porte un regard sensible sur la communauté des gens du voyage, communauté méconnue et dont l’image est désastreuse auprès de la population sédentaire.
Deux séjours de un mois permettront au photographe de vivre avec eux, d’échanger et de comprendre les problématiques dans le but de traduire en image son ressenti afin de sensibiliser la population voisine à la culture et la réalité des gens du voyage.
Parallèlement, des ateliers de photographies seront proposés aux habitants des aires d’accueil, ils ont eu pour objectif de faire le lien entre le photographe et la communauté, d’ouvrir les jeunes sur une pratique de créations photographiques, de confronter leur regard et problématiques à celle du photographe en résidence

PIERRE LIEBAERT

Dans son premier projet photographique, intitulé Macquenoise, le regard du jeune artiste belge s’était déjà porté sur la ruralité. Mais une forme de ruralité marginale. La série photographique exposée au Centre d’Art GwinZegal en 2015 était plus liée à des questions humaines et esthétiques que journalistiques. La ferme était un moyen, un prétexte pour parvenir à retranscrire une atmosphère, une scène parcourue d’êtres et de visages soumis aux cycles incessants des saisons. Nourri de ce précédent projet et convaincu des liens culturels, paysagers et ruraux qui unissent la Bretagne à la Belgique, Pierre Liebeart aimerait axer cette résidence sur l’élevage du porc en explorant un autre champs de la ruralité, au travers cet animal qui possède en outre une charge symbolique quasi universelle. En 2017, il a suivi les pérégrinations d’un vétérinaire de campagne et d’un couple gérant une exploitation en passe de disparaître. Il en a tiré un poème sombre romantique et intriguant sur le rapport de l’homme et de l’animal.

HESSE&ROMIER

À l’occasion d’une résidence organisée par le Centre d’art GwinZegal, le couple d’artistes Cécile Hesse et Gaël Romier est venu poursuivre son travail de création en Bretagne. Ils ont trouvé, dans l’estran des côtes du nord de la Bretagne, le théâtre parfait de leurs actions. Le choix de l’estran n’est pas anodin, à la limite entre deux mondes, la terre et la mer ; l’un matériel et restreint, l’autre invitant à un ailleurs en lien avec les forces cosmiques, porteur d’une rêverie qui touche aux origines de l’être et du monde. Nulle figure humaine n’encombre ces paysages, où l’on lit tout au plus quelques formes hybrides à la lisière de l’animal, de la mythologie et du végétal. Les artistes ont choisi d’opérer la nuit, dans l’obscurité, clandestinement, comme pour communier dans ce sentiment d’incertitude et de subjectivité, familier des premiers hommes. La production des images de Hesse & Romier est le fruit d’une mise en scène minutieuse : repérages, croquis préparatoires, casting, mise en lumière, rien ne semble laissé au hasard. La juxtaposition des objets, des signifiants et des situations construit les fondations d’une nouvelle tour de Babel. C’est bien dans ce glissement que Cécile Hesse et Gaël Romier définissent la barbarie : quand les images prennent le pouvoir, qu’elles s’expriment et nous interpellent dans une langue étrangère, qu’elles naissent et existent dans un univers qui leur est propre.

ANNE GOLAZ

Un repas chanté suivi d’un fest-noz dans un petit village du Centre-Bretagne durant l’hiver 2014 : c’est ainsi qu’Anne Golaz s’est prise d’intérêt pour le chant traditionnel. Pour capter des instants fragiles, fugitifs, l’intériorité de l’interprétation, Anne Golaz a choisi de créer un studio en sortie de scène, au plus près des chanteurs et des chanteuses, en travaillant à la chambre, dans un rapport intime avec les interprètes.
« L’expression du chant en particulier m’intéresse pour le challenge qui accompagne sa représentation visuelle. J’ai choisi de photographier les chanteurs des festoù-noz juste après leur passage sur scène, leur demandant de répéter certaines chansons. Cette fois uniquement pour l’appareil photo, dans le contexte du studio, je les photographie au grand format. Le dispositif lourd de la chambre crée un rapport particulier à la prise du vue et au modèle. En quelque sorte, il recrée une autre scène où les chanteurs performent cette fois a capella. L’expression des visages et les postures des corps transcrivent le langage visuel du chant, l’émotion associée, la concentration, l’effort, et le rapport au meneur (kaner) ou au diskaner (qui répète). »

CHARLES FREGER

Avec la série qu’il développe autour des costumes et des coiffes, Charles Fréger poursuit sa quête des