Champs/Contre-Champs 2015
Henk 
Wildschut, Pierre 
Liebaert, Daniel Michiels
03 avril–17 mai 2015

Espace François Mitterrand,
Studio GwinZegal, Guingamp

Champs/Contre-Champs 2015 - © GwinZegal
Champs/Contre-Champs 2015 - © GwinZegal
Champs/Contre-Champs 2015 - © GwinZegal
Champs/Contre-Champs 2015 - © GwinZegal
Champs/Contre-Champs 2015 - © GwinZegal
Champs/Contre-Champs 2015 - © GwinZegal
Champs/Contre-Champs 2015 - © GwinZegal

La manifestation Champs/​contre-​champs, conçue initialement à partir de 2011 autour d’expositions photographiques et de projection de films dans l’espace d’exposition, poursuit son exploration des représentations par l’image du monde rural.
L’édition 2015 est organisée autour de la série Food d’ Henk Wildschut, une exploration de l’univers de l’agro-industrie aux Pays-Bas, de Pierre Liebaert, jeune photographe belge et sa série Macquenoise sur une mère et son fils qui vivent en marge dans un environnement rural, de Daniel Michiels, photographe des Ardennes Belge, qui trace à travers portraits et paysages un panorama sensible et humain de sa région d’adoption.
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Au-delà du parti pris de chacune des écritures représentées, rien ne saurait paraître plus dissemblables que ces trois univers. Le spectateur ne peut qu’être saisi par l’écart entre ces trois mondes. Dans une même temporalité se côtoient, une agro-industrie construite autour de la production de masse et de technologies que ne renieraient pas les auteurs d’anticipation du
siècle passé, le quotidien des habitants(e)s des Ardennes belges, un territoire géographiquement photographie : Henk Wildschut, Examen, Amsterdam, Mars 2012 « décentré », témoignage d’un mode de vie et de production agricole que d’aucuns auraient pu croire immuable mais en passe d’être supplanté par un modèle intensif, plus « moderne » et
enfin un face à face sensible mais d’une certaine noirceur, entre une mère et son fils qui vivent à la marge dans un environnement rural contemporain.
Ce qui frappe cependant dans ces trois travaux est la place de l’animal et du rapport de domination et d’une certaine violence qui prédomine entre le monde des humains et celui des animaux. Plus « policé » en apparence dans le monde de l’agro-industrie saisi par Henk Wildschut, plus archaïque dans les univers de Pierre Liebaert et Daniel Michiels, ce «
face à face » avec l’animal interroge notre propre humanité, mais aussi le rapport au vivant que nous voulons pour demain.
Dans sa série Food, Henk Wildschut, s’est immergé pendant un peu plus d’une année dans différentes entreprises relevant de l’agro-industrie aux Pays-Bas. Sans a-priori, le photographe a souhaité mettre en lumière un monde méconnu, en s’attachant tout autant aux environnements de production, aux personnes qui y travaillent, aux animaux qui semblent
comme surgit d’une autre planète dans ces univers hyper contrôlés aux objets technologiques omniprésents.
Dans un pays contraint de par son espace agricole disponible, le photographe s’est intéressé en priorité aux « entreprises agricoles » qui ont fait le choix de répondre à la question de la production alimentaire par une utilisation massive d’outils technologiques, à même de « forcer » la nature dans ce qu’elle a, pour ces tenants d’une agriculture intensive, de contraignant. Le regard de Henk Wildschut n’est ni caricatural ni apologique. Il s’attache à la réalité de ce monde de l’agro-industrie avec un œil le plus direct possible, usant d’une écriture frontale, avec une attention particulière portée à la maîtrise du cadre et de la couleur. Plus proche par certains aspects des codes de la photographie de communication que de la photographie documentaire ou de reportage, le travail de Henk Wildschut peut indifféremment conforter toutes celles et ceux qui sont, soit les contempteurs ou au contraire les supporters, de ce type d’agriculture. Son travail laisse toute sa place au débat, à l’échange, à la confrontation et c’est sans doute là tout son intérêt. Daniel Michiels, à la différence de Henk Wildschut, ne porte pas un regard extérieur sur son pays d’adoption. Il partage au quotidien la vie de celles et ceux qui se laissent par lui « représenter », comme pour mieux témoigner d’existences faites d’attention au temps, aux saisons, au travaux journaliers, à l’inscription dans des communautés villageoises. Son écriture photographique est à l’image de la vie des territoires qu’il sillonne, empreinte d’une grande tranquillité, sans apprêt, constante dans sa forme, soignée dans sa mise en œuvre. Le spectateur se laisse vite porter par un rythme semblable à celui de la marche. Dans ses natures mortes comme dans ses portraits ou ses scènes de genre, Daniel Michiels, cherche à rendre compte de ce rapport étroit qui subsiste encore dans ce territoire des Ardennes belges, entre un milieu naturel façonné pendant de très longues décennies par des générations de paysans, dans une forme d’équilibre et de « reconnaissance » mutuelle et la communauté des ruraux qui y résident. Il ne s’agit pas ici de nostalgie, mais du regard lucide d’un témoin qui sait toute la fragilité de ce monde distant de seulement quelques dizaines de kilomètre du monde représenté par Henk Wildschut.
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Macquenoise de Pierre Liebaert « est le portrait doux-amer d’une mère et de son fils vivant reclus parmi les bêtes, au gré des saisons. De cette relation œdipienne sourd une violence asphyxiée par un état d’immobilisme. Parfois, le regard laisse échapper un cri d’alarme que l’on observe muet, impuissant. Macquenoise un village aux confins de la Belgique, à la frontière française. On y perçoit l’ombre de la mère, plantée comme un grand chêne noueux et celle d’un fils claudiquant. Deux personnages qui habitent la terre et y ont pris racine, infiniment… Pierre Liebaert s’est immiscé dans l’intimité de cette famille, qui l’a progressivement adopté. Le photographe s’est accordé au rythme lent de la ferme et de ses hôtes par un mimétisme volontaire. Il dévoile ainsi un intérieur banal auréolé de chaleur, indice d’une vie simple et sans aspérité, qui semble pouvoir durer pour l’éternité. Pierre Liebaert jette avec cette série les bases de son travail, conjuguant un intérêt pour la marge avec une certaine crudité » (texte de Septembre Tiberghien dans Macquenoise de Pierre Liebaert).
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Pour accompagner ces trois expositions photographiques, le film Un secret bien gardé — Basculement N°1, film de Patrick Prado sera projeté de manière permanente dans l’espace d’exposition. Aux images tournées en caméra super 8 ou en 16 mm, il y a 30 ans, se superposent celles d’aujourd’hui et de paysages définitivement modifiés par ce bouleversement de la société. L’histoire d’un basculement, d’un abandon d’une vie paysanne et de ses savoir-faire pour une société de consommation et ses multiples attraits. Mais à quel prix ? Avec des camarades, au début des années 70, Patrick Prado décide de faire revivre le petit village de Névédic dans le Morbihan. Les paysans sont partis pour aller travailler à la ville et eux rêvent de refaire le monde. Pas si lointaines et pourtant édifiantes, ces images évoquent les nombreux combats qui ont fait l’histoire de la Bretagne. Ce film est la chronique tenue par le cinéaste sur sa propre expérience de ce qu’il était convenu d’appeler dans les années qui ont suivi mai 68, « le retour à la terre ». Principalement le fait de jeunes urbains, possédant pour une bonne part un bagage scolaire conséquent, ces « utopies » généralement vécues sous forme communautaire se voulaient un contre modèle à la société de consommation de l’époque. Le film est, de la part du réalisateur, tout à la fois le constat d’un certain échec de ces utopies collectives et dans le même temps la prise de conscience que penser le monde de demain ne peut se faire qu’en y intégrant la parole et l’expérience de celles et ceux à qui on ne reconnaît pas ce droit à la parole.Il ne s’agit pas seulement de reprendre des images. C’est un film où j’essaie de réfléchir pour savoir d’où nous venons, qu’est-ce qui nous a construit à cette époque-là. Pour nous, c’est en partie la fin des paysans, qui est aussi une des explications du chaos d’aujourd’hui
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Par ailleurs, les 1ères rencontres Champs/​contre-​champs qui se tiendront le 18 avril 2015 toute la journée, viendront enrichir et amplifier l’écho rencontrée par la manifestation, avec pour ambition de faire de ces rencontres un rendez-vous annuel.

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