Contrôle+Z
exhibition
November 22, 2019–February 23, 2020

Jules Spinatsch (Suisse),
Hasan Elahi (États-Unis),
Jeff Guess (États-Unis),
Esther Hovers (Pays-Bas),
Adam Broomberg (Afrique du Sud) &
Oliver Chanarin (Royaume-Uni),
Thomas Ruff (Allemagne),
John Miller (États-Unis),
Julien Prévieux (France),
Mishka Henner (Belgique),
Daniel Mayrit (Espagne),
Michael Wolf (Allemagne).

Webcams, Google cars, caméras de vidéosurveillance, lunettes connectées, satellites, drones… des millions d’images se créent automatiquement chaque seconde sans que personne ne les regarde. Elles sont versées à la vitesse de la lumière dans un flot abstrait de data. Elles cartographient le monde avec une précision inégalée, elles nous aident à naviguer, nous protègent, nous divertissent, nous surveillent, nous contrôlent. La chute du mur de Berlin, les révolutions populaires nous ont donné l’illusion d’un vent de liberté que rien ne saurait calmer. La parole elle aussi semble libre. Elle se twitte, elle se poste, elle se conjugue et se réduit à langue apathique des réseaux sociaux. La crise contemporaine de la liberté consiste en ce que nous avons affaire à une technique de pouvoir qui ne nie et n’étouffe pas la liberté, mais l’exploite.
Le philosophe Byung-Chul Han nous la décrit ainsi : La liberté de choisir disparaît au profit d’un libre choix entre des offres (1).
Le système démocratique en place est plus pernicieux que celui de l’État policier dépeint par George Orwell dans son roman 1984. Nous n’avons rien à avouer sous la torture, et il n’existe pas non plus officiellement de ministère de la Vérité :
c’est béatement que nous consentons à donner des quantités astronomiques d’informations sur nos vies personnelles, sur nos désirs, sur nos opinions. Même notre subconscient s’offre à l’auscultation des algorithmes. Les plus grandes capitalisations boursières de notre monde ne sont plus liées à la grande distribution, à l’exploitation des précieuses ressources naturelles ou à l’industrie automobile ; mais c’est Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft et leur empire gagné sur le monde qui accusent la croissance la plus spectaculaire et concentrent la plus obscène des richesses. Leur matière première est faite de ce que nous leur disons de nous, de ce que nous leur donnons, de ce qu’ils nous prennent, dans notre douce aliénation, alors que nous fermons les yeux… Les données personnelles sont intégralement monétisées et commercialisées. Les êtres humains sont aujourd’hui traités et négociés comme des paquets de données économiquement exploitables. Ils deviennent ainsi eux-mêmes des marchandises. Big Brother et Big Deal s’allient. L’état de surveillance et le marché ne font plus qu’un (2). Ces données massives permettent de profiler nos comportements, d’anticiper nos besoins, nos envies, voire de les modeler et, dans ce cas, d’intervenir directement sur notre système de pensée et de court-circuiter nos désirs. 

À l’avant-garde de nos sociétés, les artistes proposent des représentations critiques du monde qui s’opposent à ce pouvoir de neutralisation de la pensée et des actes.
Ils nous invitent à transcender nos attitudes de spectateurs contemplatifs et de citoyens-consommateurs satisfaits. Usant tantôt des ressorts de l’investigation, de la satire, de l’humour, du détournement, de la parodie, de la poésie, − conscients de la monstruosité de la tâche et de la disproportion des moyens en œuvre − les artistes tentent, dans un geste salvateur de résistance, de retourner contre leurs créateurs l’arsenal de surveillance et de contrôle qu’ils nous imposent.

1 Byung-Chul Han, Psychopolitique. Le néolibéralisme et les nouvelles techniques de pouvoir, Circé, 2016, p. 27.
2 Ibid, p. 86.

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