Nous autres
Exposition
June 24, 2026

Ouverture de l’exposition
le mercredi 24 juin à 18 h 30
Exposition du 25 juin au 11 octobre 2026

Horaires d’été
jusqu’au 31 août,
ouvert du lundi au dimanche,
de 14 h à 18 h 30. 

Puis ouvert
du mercredi au dimanche
de 14 h à 18 h 30.

Entrée libre
Fermé les jours fériés
sauf le 15 août.

Nous autres” est le fruit de la rencontre entre Donna Gottschalk, photographe, et Hélène Giannecchini écrivaine.

Donna Gottschalk, née en 1949 à New York dans le quartier populaire d’Alphabet City. Depuis la fin des années 1960, elle s’attache à représenter les personnes avec qui elle a vécu, milité et travaillé. Engagée dans les mouvements naissants pour les droits LGBT+, elle ressent la nécessité de préserver la trace de ces vies aux marges de la société. Patiemment, au fil de ses pérégrinations, elle constitue une archive contre l’oubli composée d’images de ses proches, amies, amantes, camarades de luttes. 

Hélène Giannecchini, née en 1987 à Paris, est écrivaine et théoricienne de l’art. Attentive aux paroles et aux images manquantes, elle dédie une grande partie de sa recherche aux mémoires queer et archives minoritaires de la seconde moitié du XXe siècle. En confiance Donna lui ouvre ses archives. Immergée dans plus de cinquante années de pratique photographique, Hélène explore et recompose. Les images sont autant de fragments d’histoire à réactiver. À l’intersection des luttes passées et présentes, la rencontre de leurs deux histoires, personnelles et collectives, provoque un déplacement des récits, une résistance à l’effacement. Une autre histoire reste à écrire, ensemble.

Inspirée à ses débuts par le travail de Diane Arbus, qu’elle découvre au MoMA en 1967, Donna choisit de photographier des êtres en marge, mais depuis la position marginale qui est la sienne. La construction de son regard est indissociable du contexte politique de la fin des années 1960. À cette époque, les rapports homosexuels demeurent illégaux aux États-Unis. Le 28 juin 1969, une descente de police au Stonewall Inn, un bar gay de Greenwich Village à New York dégénère. Les personnes présentes se rebellent contre la violence du contrôle des forces de l’ordre. Trois jours d’émeutes s’ensuivent. Cet événement fondateur donnera naissance à diverses organisations politiques, qui pour la première fois revendiquent publiquement des droits pour les personnes LGBTQ+. Le Gay Liberation Front, que Donna rejoindra aussitôt, est l’une d’elles.

À rebours des écritures photographiques qui dominent les cercles militants et la scène avant-gardiste new-yorkaise des années 1970, ses images se diffusent hors des circuits officiels. À mesure que son engagement dans l’activisme décline au milieu des années 1970 et que la nécessité de subvenir à ses besoins et à ceux de ses jeunes frères et sœurs s’intensifie, Donna retourne son objectif vers sa vie intime, ses proches. Son travail n’en reste pas moins profondément politique. Comme l’écrit Hélène Giannecchini : « Donna dévoile des trajectoires, au sens sociologique du terme, des individus pris dans leur époque, dans leur destin de classe, qui évoluent et se transforment. C’est une œuvre politique sans être démonstrative. »

Les personnes qui posent pour Donna, le plus souvent dans son appartement, embrassent pleinement leur liberté et leur identité. Donna compose ainsi peu à peu un album de famille, celui des gestes quotidiens, des corps au travail, des affections discrètes et des élections assumées. Ses photographies circulent dans un espace de confiance, entre amies et, peu à peu, dessinent une constellation, une mémoire collective qui, tout en rendant visible, refuse l’assignation. Chaque regard, chaque posture affirme « nous sommes là, ensemble, visibles, solidaires ». En silence, elle constitue peu à peu une archive de la dissidence. 

« Les photographies de Donna agissent comme un appel. Elles convoquent la mémoire des existences qu’elles ont fixées sur la pellicule.» Lorsqu’Hélène écrit à partir des images de Donna, elle les habite, les réactive et les projette dans notre temps. « Il s’agit de vies minuscules et communes ; de destinées qui ne disent rien d’elles-mêmes, mais que quelques phrases, arrachées à l’oubli, viennent faire scintiller. »* Il aura fallu des décennies pour que les images de Donna Gottschalk nous parviennent enfin. Preuves d’existence, gestes d’amour et de résistance, elles ne demandent pas seulement à être vues. Elles nous engagent.
Julie Héraut

  • Michel Foucault, « La vie des hommes infâmes », Dits et Écrits III, Paris, Gallimard, 1994.

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