PINO MUSI - ACRE

59 photographies
Texte : Alexandre Quoi
Design : Claire Schvartz
24x32,5 cm.
112 pages
Reliure suisse / Swiss binding
ISBN : 979-10-94060-16-2
Mars 2017

Éditions GwinZegal
Prix : 35 €

 

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Quand Pino Musi entame, en avril 2016, une série photographique dans les Côtes-d’Armor, cette zone géographique est pour lui une terra incognita. À l’invitation du Centre d’art GwinZegal, le photographe italien, basé à Paris, allait trouver l’opportunité de conduire pour la première fois de sa carrière une campagne au long cours de plusieurs mois. […]

Plaçant l’architecture au cœur de sa pratique, Pino Musi a porté initialement son intérêt vers la structure des bâtiments agricoles et des corps de fermes, qui ponctuent le paysage de bocage d’une campagne tournée essentiellement vers l’élevage et la production laitière. Une telle attention pour les espaces a priori sans qualités d’une société rurale précaire, reculée à l’intérieur des terres, loin des grands centres urbains, distingue ce projet de cas précédents qui s’attachaient en priorité aux zones côtières plus touristiques de la région, à l’exemple de Suzanne Lafont dans le cadre de la Mission photographique de la DATAR, ou de Thibaut Cuisset, missionné entre 1994 et 1998 dans les Côtes-d’Armor par l’Observatoire photographique du paysage. La campagne d’exploration, menée sur une vaste étendue du centre de la Bretagne sillonnée en voiture, a vite révélé une certaine équivalence entre la typologie du bâti des fermes traditionnelles et celle des constructions sans âme de lotissements périurbains. […]

Ce parcours débute par des abris de fortune bordant les routes, auxquels succèdent hangars et exploitations agricoles, il passe ensuite auprès d’imposants bâtiments de l’industrie agroalimentaire, s’attarde dans des bourgs en voie de désertification, avant de s’achever dans les zones pavillonnaires liées au phénomène de rurbanisation. Le photographe décrit ici, avec précision et sans emphase, une campagne fragile et paradoxale, dont le caractère ancestral et immuable s’oppose à une mutation accélérée. Ses images aux tons gris dénués de contraste, vides de toute présence humaine, traduisent la monotonie et l’atmosphère suspendue des lieux, que vient renforcer l’absence d’indices temporels, à l’exception de rares automobiles. Enregistrées à l’aide d’un appareil numérique et sans recours systématique au trépied pour gagner en spontanéité, les photographies résultantes n’en affichent pas moins les attributs du travail à la chambre, outil habituel dans la panoplie du paysagiste : géométrisation affirmée, équilibre de la composition et neutralité stylistique doublée d’une grande qualité descriptive. La question du point de vue s’avère aussi déterminante, tant il faut à l’opérateur choisir la bonne distance pour définir clairement les relations spatiales entre les différents éléments. Car c’est bien à un jeu d’ordre formel que se consacre Pino Musi, lui qui a été nourri par l’esthétique minimaliste et qui se montre désireux de trouver dans le réel l’équivalent des formes plastiques de l’abstraction géométrique. Un certain nombre de ses images insistent sur l’enchevêtrement des constructions successives, tandis que d’autres isolent jusqu’à la monumentalité des vues frontales qui barrent l’horizon du paysage. […]

Alors que son enregistrement neutre et équilibré de façades aveugles évoque immanquablement le souvenir d’un Walker Evans, c’est l’ascendance de l’œuvre de Lewis Baltz qui semble davantage encore façonner sa démarche. Au regard de ce corpus d’images, on mesure combien la photographie et l’architecture sont liées par un indéfectible esprit de connivence.
En effet, les deux disciplines ont en commun une conscience aiguë de l’espace, de la lumière et de la matière. L’une et l’autre soumettent avant tout un agencement de formes, de volumes, de reliefs, de pleins et de vides. […]

Dans un subtil équilibre entre objectivité et sensibilité, l’art de Pino Musi se caractérise par une vision documentaire augmentée par une expérimentation sur la forme. Mû par cette volonté d’objectivation du paysage, non dénuée pour autant de considérations sur le contexte socioculturel et environnemental du site investi, il parvient à requalifier ces lieux comme paysages, à restaurer une dignité à l’humble réalité de ce monde rural.

Extrait du texte Campagne photographique d’Alexandre Quoi,
Acre, éditions GwinZegal, 2017.

 

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In April 2016, when Pino Musi embarked upon a photographic series in Côtes-d’Armor, that geographical area was a terra incognita for him. At the invitation of the GwinZegal Art Centre in Guingamp, which was involved in the promotion of photography in that predominantly rural area, the Paris-based Italian photographer would, for the first time in his career, find a chance to conduct a long-term project spanning several months.[…]

By putting architecture at the centre of his praxis, Pino Musi’s interest was initially focused on the structure of  the farm buildings and farmsteads which punctuate a countryside geared essentially towards livestock farming and dairy production. This attention to the seemingly qualityless spaces of a precarious rural society, living in the farflung hinterland, far from large urban centres, distinguishes this project from earlier ones, whose priority was the more tourist-oriented coastal areas of the region--one example being Suzanne Lafont’s work as part of the Photographic Mission of the DATAR another, Thibaut Cuisset, who was commissioned between 1994 and 1998 in the Côtes d’Armor by the Observatoire photographique du paysage. […]

This journey started with makeshift roadside shelters, followed by sheds and farms, and then moving to impressive buildings of agri-business companies, and lingering in small towns becoming depopulated, before ending up in the suburban zones associated with the phenomenon of  rurbanization.
The photographer here describes, with both precision but without emphasis, a fragile and paradoxical countryside, whose ancestral and unchanging character contrasts with ever faster changes taking place. His images with their grey hues, stripped of contrast, and without any human presence at all, convey the monotony and suspended atmosphere of these places, heightened by the absence of any time-related clues, with the exception of a few rare automobiles. Recorded with the help of a digital camera, with no systematic use of a tripod in order to increase the spontaneity, the resulting photographs still manage to display the qualities of field camera work, the usual tool in the landscape artist’s kit: assertive geometrization, balanced composition and stylistic neutrality combined with a very high descriptive quality.
The matter of the viewpoint also turns out to be decisive, because the cameraman has to choose the right distance to clearly define the spatial relations between the different elements. For it is indeed an interplay of formal order that Pino Musi is involved with, he who was brought up on the minimalist aesthetic, and is someone evidently keen to find in reality the equivalent of the plastic forms of geometric abstraction. A certain number of his images emphasize the entanglement of successive constructions, while others single out, to the point of creating something monumental, frontal views which block the landscape’s horizon. […]

While his neutral and balanced recording of blind façades inevitably conjures up memories of a figure like Walker Evans, it is the ancestry of Lewis Baltz’s oeuvre which seems to forge his approach even more. Looking at this corpus of images, one can gauge the extent to which photography and architecture are connected by a staunch spirit of cahoots. In fact the two disciplines share in common an acute awareness of space, light and matter. Above all, both submit an arrangement of forms, volumes, reliefs, solids, and voids. […]

In a subtle balance between objectivity and sensibility, Pino Musi’s art is hallmarked by a documentary vision heightened by experiments with form. Prompted by this desire to render the landscape objective, yet not without thoughts about the socio-cultural and environmental context of the site in question, he manages to re-define these places as landscapes, and restore a dignity to the humble reality of this rural world.

Excerpt from Campagne photographique, Alexandre Quoi,
Acre, éditions GwinZegal, 2017.

ÉDITION LIMITÉE / LIMITED EDITION

Il a été tiré de cet ouvrage quarante exemplaires de tête, accompagnés d’un tirage original numéroté et signé par l’auteur.
Also available in a special edition of forty copies with an original photo, numbered and signed by the author.

Éditions GwinZegal
Prix : 80 €