WILDER MANN/Charles Fréger

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Avec Wilder Mann, Charles Fréger poursuit sa quête des « communautés inactuelles », comme le souligne Michel Poivert à propos de Jockeys, Majorettes, Opéra, Légionnaires, Rikishi, Empire… ses séries précédentes qui révélaient déjà l’enjeu à l’oeuvre dans le travail du photographe : rendre visible ce que les représentations en usage dans la société individualisée et mondialisée nous désignent comme anachronique. Ces communautés de femmes et d’hommes, jeunes pour la plupart, appartenant à des structures collectives qui impliquent le port d’une tenue vestimentaire uniforme – apprentis sumos, élèves grenadiers de la garde royale britannique, patineuses de danse synchronisée finlandaises… –, sont reliées par l’expérience contemporaine d’une sociabilité ou d’un rapport à l’Histoire que nous croyons à tort être suranné.
Le modus operandi, mis en oeuvre par le photographe de manière récurrente et avec rigueur dans ses séries, obéit à des choix formels : un souci de la pose et du fond devant lequel se tient le modèle ; l’usage du flash qui dégage la silhouette de son environnement ; la volonté d’imprimer à ses portraits in situ, au-delà du simple enregistrement, une expression de mise en scène doublée d’une esthétique de l’immobile. Mais, aux yeux du photographe, ce qui compte tout autant que la nature esthétique du costume, c’est l’expérience physique, contraignante voire douloureuse dans certains cas, afférente au port du costume, et qui détermine une posture, un maintien, parfois une rigidité.
L’uniforme, le costume sont avant tout une discipline, marquant l’acceptation des règles d’appartenance qui passe par un effacement de la singularité. Le costume devient le révélateur d’un « autre » relié à des pratiques, dont les origines remontent parfois loin dans le temps. La série Wilder Mann, la plus ample jamais réalisée par le photographe – deux années de travail dans dix-huit pays d’Europe –, marque une inflexion dans son oeuvre. L’appartenance à la communauté des Wilder Mann ne se joue plus dans l’analogie visuelle formelle des costumes telle qu’elle se déploie dans Majorettes ou Rikishi notamment, mais dans l’appropriation symbolique de la « figure du sauvage » qui se décline à travers l’Europe dans une extraordinaire diversité de personnages issus, selon la légende, de l’union d’un ours et d’une femme. Certes, la figure de la chèvre, du cerf, du sanglier ou de l’ours, se retrouve dans la plupart des pays traversés par le photographe, mais ce qui inscrit l’universalité de ces pratiques ne se trouve pas dans les similitudes ou les différences stylistiques des masques et des costumes, mais bien dans ce rapport que l’homme entretient, à travers ces rituels festifs, à sa part d’animalité, à son rapport au monde naturel dans une société dominée par la rationalité. Le rapport à l’Histoire ou à des pratiques particulières, tel que chroniqué par le photographe dans ses séries précédentes, relève de codes inscrits dans des sociétés où la part du « sauvage » a été refoulée dans un coin sombre, inaccessible à nos esprits d’hommes modernes.

GALERIE TH13 - Berne - www.fondationdentreprisehermes.org
GwinZegal participe à la direction artistique de la Galerie TH-13 pour le compte de la fondation d'entreprise Hermès
du 14 septembre 2012 au 12 janvier 2013